Mathieu Sevestre : "Nous avons ce côté écologique à prendre de plus en plus en compte"

Publié le Lundi 01 juin 2020 à 07:00

Dans cette troisième et dernière partie de l'interview, Mathieu Sevestre, directeur du Golf de Roquebrune, évoque les difficultés que peuvent rencontrer les parcours de golf ainsi que les greenkeepers dans leur quotidien et ce, d'autant plus en période de crise comme celle que nous traversons actuellement.

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Avez-vous beaucoup échangé avec les instances telle que la Fédération Française de Golf (FFG) ?

Oui, nous échangions déjà énormément avant car nous avons de très bons liens et ces échanges se sont intensifiés avec la crise. Il en est de même avec les autres directeurs de golf avec lesquels je discutais déjà beaucoup par l'intermédiaire de l'Association des Directeurs de Golfs de France (ADGF) mais cela s'est également intensifié avec la crise. Mon greenkeeper a un peu échangé avec l'AGREF.

 

A votre avis, comment le club va-t-il se relever de tout cela ?

Notre principale préoccupation est la trésorerie et le contrôle des dépenses. Dans un golf, la majorité des dépenses fixes telles que les machines, le coût des bâtiments ou encore le personnel ne sont pas variables. Nous avons aujourd'hui un levier, sur nos charges fixes, qui est très faible. Si le chiffre d'affaires tend à diminuer dans les prochaines années, cela va être très compliqué pour la majorité des golfs.

 

Pensez-vous obtenir des aides de la part de certaines parties prenantes tel que le gouvernement ?

Je pense que nous en aurons au niveau des charges sociales pour la partie restauration et hôtellerie, mais pas pour le golf. Nous aurons droit au prêt BPI, mais le problème c'est qu'il faudra le rembourser et si le chiffre d'affaires diminue, cela va être très compliqué.

Le métier d'intendant est-il, pour vous, un métier stressant et d'autant plus lors d'une période comme celle que nous traversons actuellement ?

Je vais parler au nom de mon greenkeeper Jean-Francois Averland: il m'a dit qu'il avait la chance de travailler en plein air et que le métier de greenkeeper était un métier très enrichissant surtout lors d'une période comme celle-ci. Nous ne pouvons pas le comparer avec d'autres métiers qui rencontrent actuellement beaucoup plus de difficultés. Alors c'est vrai qu'il existe un stress lié aux maladies, à la gestion du personnel ou encore de l'irrigation mais ce n'est rien comparé à ceux qui sont en première ligne face à cette pandémie de coronavirus. Nos jardiniers sont conscients qu'ils ont la chance d'être en extérieur et qu'ils exercent un métier intéressant et passionnant. Sans jardinier, un golf ne vit pas et les joueurs, ainsi que le reste de l'équipe du Golf de Roquebrune, leur sont redevables.

 

Faites-vous face à des problèmes récurrents ?

Nous sommes dans le Sud de la France et nous avons des attaques récurrentes de maladies qui frappent également nos confrères des autres parcours de golf. À cause des fortes précipitations, nous avons récemment eu un départ de fusariose. En discutant avec mes collègues des autres golfs, nous nous sommes rendus compte que nous avions tous subi la même attaque le même jour. Les principales difficultés dans les golfs du Sud de la France sont les amplitudes de températures qui sont extrêmement fortes. Depuis le début de l'année, nous avons quasiment 20 degrés d'amplitude thermique dans la même journée. Le matin il fait 1 degré et l'après-midi il fait 24-25 degrés. C'est notre quotidien au printemps. La deuxième difficulté principale est la pluviométrie. Elles peuvent être très intenses sur deux jours et après nous avons de longues périodes de sécheresse. À cela, nous ajoutons les fortes rafales de vent qui sèchent tout sur leur passage, et cela devient très compliqué à gérer.

 

Comment voyez-vous l'avenir du métier d'intendant ?

Je pense que c'est comme dans les métiers en général, la gestion du personnel devient de plus en plus importante et compliquée. Il y a de nombreuses réglementations à respecter comme le recours aux produits phytosanitaires et d'autres opérations d'entretien. Nous avons ce côté écologique à prendre de plus en plus en compte, même si nous l'avions compris depuis de nombreuses années , mais c'est cet aspect-là qui va de plus en plus se développer dans les années à venir

Bonus : retrouvez l'interview de Jean-Francois Averland, le greenkeeper du Golf de Roquebrune, qui fait un point sur l’entretien pendant le confinement.

Retrouvez la première partie de l'interview de Mathieu Sevestre en cliquant ici et la deuxième partie en cliquant ici.

Héléna Assayag (avec Lucas Sanseverino)